Une vision bahá'íe de la réalité

Bahá'u'lláh, le fondateur de la foi bahá'íe, présente une vision de la vie qui exige une redéfinition complète de toutes les formes de relations humaines, qu'il s'agisse des relations entre les êtres humains eux-mêmes, de leur rapport à la nature, de la relation entre l'individu et la société, ou des liens entre les membres de la société et ses institutions. Chacune de ces relations doit être réévaluée en fonction de la compréhension qu'acquiert progressivement l'humanité de la volonté de Dieu et de son plan. Bahá'u'lláh a énoncé des concepts nouveaux et de nouvelles lois afin de permettre à la conscience humaine de se libérer des schèmes d'explications établis par la tradition, et de jeter les bases d'une nouvelle civilisation mondiale. Bahá'u'lláh l'affirme : « Une force de vie toute nouvelle anime en ce moment tous les peuples de la terre1 . »

Le message de Bahá'u'lláh ayant une portée à la fois sociale et spirituelle, ses enseignements redéfinissent le concept même de religion. Il n'est pas le fondateur d'une religion dans le sens qu'on donne habituellement au mot « religion », il est plutôt le prophète de la civilisation et de la transformation collective de l'humanité, il est « l'Initiateur d'un nouveau cycle universel2 » dans l'histoire de l'humanité. Son message transcende toutes les formes de la religion. Bien que sa vision de l'unité de l'humanité englobe le renforcement de la solidarité humaine, la sauvegarde des droits humains et l'établissement d'une paix durable, elle consiste avant tout en « un changement organique dans la structure de la société contemporaine, un changement tel que le monde n'en a jamais connu3 ». Les préceptes qu'il donne pour la réforme morale de la nature humaine sont uniques dans leur approche et universels dans leur applicabilité.

En cette époque où la civilisation a perdu l'assise spirituelle et éthique sur laquelle s'appuyaient les relations humaines, les enseignements de Bahá'u'lláh rétablissent le contact entre l'âme humaine et le sacré, et jettent un nouvel éclairage sur la destinée de l'humanité. Faisant appel à ces élans profonds qui poussent l'être humain à la transcendance, Bahá'u'lláh affirme qu'un Créateur aimant a façonné l'univers de « l'argile de l'amour » et placé dans le coeur de chaque être humain l'essence de la lumière et le reflet de la beauté de Dieu4 . L'humanité, affirme-t-il, est à l'aube de sa maturité, ce moment où « l'excellence innée de sa réalité essentielle » et « les potentialités inhérentes à la condition de l'homme » peuvent enfin se réaliser5 . La révélation de Bahá'u'lláh « a insufflé dans chaque être humain une vie nouvelle et instillé dans chaque mot une force nouvelle. Toutes choses créées proclament les signes de cette régénération mondiale6 ».

Ce que Dieu veut, en faisant connaître sa volonté par la bouche de ses Manifestations, c'est orienter l'évolution de la société humaine, tant sur le plan matériel que spirituel. Bahá'u'lláh revient à maintes reprises sur ce point dans ses écrits : « [...] le but de chaque Manifestation est précisément la transformation et le perfectionnement de l'humanité, changement qui doit affecter sa vie intérieure et ses conditions extérieures. Car si le caractère de l'humanité n'était pas transformé, il serait inutile que les Manifestations apparussent7 . »

Comme Abraham, Bouddha, le Christ, Muhammad et les autres messagers divins qui l'ont précédé, Bahá'u'lláh fait appel aux sources les plus profondes de la motivation humaine, ouvrant de nouveaux domaines d'accomplissement moral, intellectuel et culturel. « Noble, je t'ai créé [...] Élève-toi vers ce pour quoi tu fus créé8 », déclare la parole divine. Bahá'u'lláh affirme que « la raison primordiale pour laquelle les mortels [...] sont entrés dans le royaume de l'existence, est qu'ils puissent travailler à l'amélioration du monde et vivre ensemble dans la concorde et l'harmonie9 ». Et, insiste-t-il : « Que chaque matin, soit meilleur que la veille et chaque lendemain plus riche que le jour précédent. Le mérite de l'homme repose sur le service et la vertu, et non sur le déploiement des biens et des richesses. [...] Gardez-vous de l'oisiveté et de la paresse, et accrochez-vous à ce qui profite à l'humanité, que vous soyez jeunes ou vieux, nobles ou humbles10 . »

La transformation à laquelle Bahá'u'lláh convie l'humanité touche la vie intérieure et le caractère de chaque personne, ainsi que l'organisation de la société ; cette transformation engendrera la coopération, la compassion, la bonne conduite et la justice. Lorsqu'il écrit que « la citadelle qu'est le coeur des hommes devait être conquise par les légions d'un caractère noble et d'actions louables11 », il met en relation croissance spirituelle et comportement. Aussi exhorte-t-il les habitants de la terre à « illuminer leur être par la lumière de l'honnêteté », par « la parure de l'honnêteté » et « les emblèmes de [...] générosité12 ». Le but de l'existence humaine et de toute activité sociale est de servir l'humanité : « Renoncez à vos propres soucis, et que toutes vos pensées se concentrent sur ce qui est propre à rétablir la prospérité de l'humanité et à sanctifier les âmes et les coeurs13 . » « Le progrès du monde, le développement des nations, la tranquillité des peuples et la paix de tous ceux qui vivent sur la terre constituent quelques-uns des principes et des ordonnances de Dieu14 . »

Bahá'u'lláh réaffirme de façon explicite le lien étroit qui unit les dimensions pratique et spirituelle de l'existence humaine. Dans ses enseignements, il accorde une importance particulière à la création de structures sociales qui soutiennent le développement des capacités mentales et spirituelles, autant individuelles que collectives. Les êtres humains, déclare-t-il, « ont été créés pour travailler à l'établissement et à l'amélioration croissante de la civilisation15 ». Le principal objectif de l'existence humaine devrait être de parvenir à « la connaissance, la sagesse, la perception spirituelle16 ». « Les arts, les métiers et les sciences enrichissent le monde de l'existence et contribuent à son exaltation17 , affirme Bahá'u'lláh. Toutefois, l'humanité doit se garder des excès, car, écrit-il : « Tout ce qui sort des bornes de la modération cesse d'exercer une influence bienfaisante18 . »

Tout comme le développement du monde physique dépend de la puissance des rayons du soleil, la capacité de l'âme humaine à réaliser son plein potentiel dépend entièrement de la façon dont elle répond aux interventions de Dieu dans l'histoire humaine. C'est le pouvoir créatif des révélations de Dieu qui libère le potentiel spirituel, moral et intellectuel latent de l'humanité, et sans cette puissante aide divine, l'être humain demeurerait prisonnier de la nature et d'impératifs culturels statiques. Bahá'u'lláh fait d'ailleurs référence à ses lois et à ses enseignements comme à un « vin de choix », « le souffle de vie pour toutes choses créées19 ». « Sachez avec certitude que mes commandements sont les lampes de mon affectueuse providence [...] les clés de ma miséricorde20 », écrit-il.

L'humanité, le faîte de la création, possède la capacité de refléter tous les attributs divins, et toute âme porte l'empreinte indélébile de l'image de son créateur. « L'âme, déclare Bahá'u'lláh, est un signe de Dieu, une gemme céleste dont la réalité a échappé aux plus savants des hommes et dont aucun esprit, si pénétrant soit-il, ne peut espérer sonder le mystère21 . » Lorsque les êtres humains se seront éveillés à leur nature spirituelle, alors seulement pourront-ils connaître Dieu et « s'élever à cet état de la connaissance de soi accordé à leur être le plus secret22 ». C'est pourquoi la quête personnelle de la vérité n'est pas seulement un droit, mais une obligation. Puisque la perfection divine est infinie, l'évolution de la conscience est aussi infinie, et le progrès de l'âme dépend étroitement des leçons qu'elle aura su tirer de ses expériences sur cette terre. L'acquisition de qualités spirituelles telles que l'humilité, la bonté, la tolérance, la compassion, l'honnêteté et la générosité, prépare l'être humain pour son long voyage vers son Créateur. « Sache en vérité que l'âme, après qu'elle a été séparée du corps, continue de progresser dans un état et dans des conditions que ne sauraient changer ni les révolutions des âges et des siècles, ni les hasards et vicissitudes de ce monde, jusqu'à ce qu'elle ait accédé à la présence de Dieu. Elle durera aussi longtemps que dureront le royaume de Dieu, sa souveraineté, son empire et sa puissance23 . »

Bahá'u'lláh affirme que « tous les peuples de la terre, à quelque race ou religion qu'ils appartiennent, tirent leur inspiration spirituelle d'une même source céleste et qu'ils sont les sujets d'un seul Dieu24 ». Moïse, Zoroastre, Bouddha, Krishna, Jésus, Muhammad, ces fondateurs de religions mondiales, partagent la même nature et le même dessein, et leurs révélations successives ont exercé sur la conscience humaine des effets cumulatifs. Au fur et à mesure que se développait la capacité de l'humanité d'en saisir la vérité, un nouveau messager divin venait ajouter au message de son prédécesseur. Bien que l'énergie spirituelle centrale à tous ces messages soit toujours demeurée la même, les enseignements sociaux des manifestations de Dieu ont répondu aux besoins d'une humanité en évolution constante. En résumé, les grandes religions du monde sont les expressions d'un plan divin progressivement révélé, « l'immuable foi de Dieu, éternelle dans le passé, éternelle dans l'avenir25 ».

Entraînée par sa relation de plus en plus profonde avec son Créateur, l'humanité a traversé, dans son développement collectif, des étapes que l'on peut comparer à la petite enfance, à l'enfance et à l'adolescence chez l'être humain. Elle atteint aujourd'hui le stade de sa maturité collective. Le défi que doivent relever tous les peuples pour permettre à l'humanité d'accéder à l'âge adulte est de reconnaître leur unité en tant que grande famille humaine et le fait que leur patrie n'est pas leur pays respectif, mais bien la planète entière. « O peuples et tribus en lutte sur la terre ! Tournez-vous vers l'unité, afin que brille sur vous l'éclat de sa lumière26 . » « Le bien-être de l'humanité, affirme Bahá'u'lláh, sa paix et sa sécurité ne pourront être obtenus si son unité n'est pas fermement établie27 . »

C'est sur cette obligation fondamentale que se concentre la mission de Bahá'u'lláh. Bien que les manifestions qui l'ont précédé aient toutes fourni une impulsion essentielle au processus de maturation sociale et spirituelle, Bahá'u'lláh a reçu pour mission de générer les forces qui donneront naissance à une société mondiale unifiée et pacifique. Même si le phénomène de la révélation divine et l'évolution spirituelle de l'humanité doivent se poursuivre « jusqu'à la fin qui n'a point de fin28 », nous approchons aujourd'hui du dernier stade possible d'organisation sociale sur cette planète. « Sans pareil est ce jour, affirme Bahá'u'lláh, car il est comme l'oeil pour les âges et les siècles passés et comme une lumière dans l'obscurité des temps29 . »

Tout en proclamant le principe essentiel de l'unité de l'humanité, Bahá'u'lláh élabore un ensemble de préceptes sociaux qui doivent guider le développement futur de la société. Il insiste particulièrement sur la nécessité d'abolir les préjugés de toutes sortes. Il n'y a qu'une seule race humaine, et les idées voulant qu'une race ou un groupe ethnique particulier soient supérieurs au reste de l'humanité sont sans fondement. De même, les femmes et les hommes sont pleinement égaux aux yeux de Dieu, et la société doit se réorganiser de façon à permettre à ce principe d'égalité entre les sexes de s'inscrire dans la réalité. L'heure est venue d'établir la justice dans les affaires humaines, et selon les écrits de Bahá'u'lláh, il faut accorder beaucoup d'importance à la responsabilité qu'a la société d'assurer la justice économique pour tous. Ces préoccupations sont étroitement liées à l'obligation qu'ont les parents d'éduquer leurs enfants, et à la responsabilité pour la société de veiller à ce que tous aient accès à l'éducation. Tous doivent être formés de façon à pouvoir « examiner toutes choses d'un oeil attentif30 » et accéder indépendamment à la vérité. Il faut avoir recours aux ressources et de la science et de la religion si l'on veut que les peuples du monde développent les capacités requises pour résoudre les problèmes de notre époque. Opter pour la prise de décision par voie de consultation « accorde une plus grande vigilance et transforme la conjecture en certitude31 », et permet d'effectuer des changements significatifs dans des domaines où le progrès social est ralenti. L'adoption du principe de la sécurité collective et l'établissement d'institutions de gouvernance mondiale assureront la stabilité et la paix dans les relations internationales.

C'est ainsi que Bahá'u'lláh parle de la vie, de son sens, et de la vie après la mort. Il s'adresse à la fois à l'individu, en quête de compréhension spirituelle, et à une race humaine tourmentée qui a grand besoin de tranquillité, de sens et d'espoir. La transformation morale et spirituelle de la société, la libération des peuples de la terre du joug des conflits, de l'injustice et de la souffrance, l'émergence d'une civilisation mondiale qui se consacre au progrès et à la paix sont non seulement possibles, déclare Bahá'u'lláh, mais en fait inévitables.

« Voici le jour, proclame Bahá'u'lláh, où les plus précieuses faveurs ont été prodiguées aux hommes, le jour où sa puissante grâce a imprégné toutes les choses créées32 . » Chaque être humain bénéficie de ce processus, et « tout le devoir de l'homme est, en ce jour, d'obtenir la part du flot de grâce que Dieu lui destine33 ». L'histoire de l'humanité en tant qu'un seul peuple unifié ne fait que commencer. « Grande, ô Terre, est ta bénédiction, car tu es devenue le repose-pieds de ton Dieu, et tu as été choisie pour être le siège de son puissant trône34 . » « Bientôt le présent ordre de choses sera révolu et un nouveau le remplacera. Ainsi la vérité parle par la bouche de ton Seigneur, l'Omniscient35 . »































  1. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 129.
  2. Shoghi Effendi, Dieu passe près de nous, p. 89.
  3. Shoghi Effendi, L'Ordre mondial de Bahá'u'lláh, p. 38.
  4. Les Paroles cachées, p. 19.
  5. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 224.
  6. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 62.
  7. Le Livre de la certitude, p. 115.
  8. Les Paroles cachées, p. 22.
  9. Bahá'u'lláh, dans L'honnêteté, une vertu bahá'íe cardinale, p. 10.
  10. Les tablettes de Bahá'u'lláh, p. 144.
  11. Bahá'u'lláh, dans L'honnêteté, une vertu bahá'íe cardinale, p. 9.
  12. Bahá'u'lláh, dans L'honnêteté, une vertu bahá'íe cardinale, p. 6 ; Bahá'u'lláh, Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 195.
  13. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 63.
  14. Les tablettes de Bahá'u'lláh, p. 134.
  15. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 141.
  16. Bahá'u'lláh, dans Compilation sur l'éducation bahá'íe, p. 14.
  17. Épître au fils du Loup, p. 30.
  18. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 142.
  19. Le Kitáb-i-Aqdas, p. 23 et 22.
  20. Le Kitáb-i-Aqdas, p. 23.
  21. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 105.
  22. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 6.
  23. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 103.
  24. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 143.
  25. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 90.
  26. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 142.
  27. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 189.
  28. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 109.
  29. Bahá'u'lláh, dans L'esprit qui deviendra la vie du monde, p. 6.
  30. Les tablettes de Bahá'u'lláh, p. 165.
  31. Bahá'u'lláh, dans Réunions bahá'íes - Présence des membres aux réunions d'une assemblée spirituelle - La consultation bahá'íe, p. 29.
  32. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 7.
  33. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 8.
  34. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 22.
  35. Extraits des écrits de Bahá'u'lláh, p. 7.

* Adapté du site « The Bahá'í World », le site officiel de la Communauté internationale bahá'íe, www.bahai.org.